Accepter la douleur… Des autres

Si tu ne connais pas le syndrome d’Ehlers Danlos, il faut que tu saches avant de continuer ta lecture que cette maladie rare occasionne de nombreuses douleurs. Ces douleurs sont d’ailleurs si variées et envahissantes qu’elles sont difficiles à gérer. D’autant plus que chez de nombreux malades – et je fais parti du lot – les douleurs résistent à la plupart des antalgiques.

 

Je ne pense pas mentir en te disant que j’ai un seuil de tolérance assez élevé. Enfin quand je dis élevé, ça dépend pour quoi ! Par exemple, alors qu’un simple mal de tête peut me clouer au lit, je me luxe quotidiennement les deux épaules et la douleur liée à ces luxations est relativement minime. Ne pas avoir mal quand mon épaule décide de faire sa vie de son côté, ce n’est pas plus mal me direz-vous ? Oui ! Mais le problème, c’est que j’ai du mal à faire naturellement preuve de compassion en ce qui concerne la douleur des autres.

Je me souviens qu’au lycée, une de mes amies s’était luxée le coude en tombant, elle avait eu le bras en attelle pendant plusieurs jours et semblait vraiment souffrir. J’aurais souhaité éprouver plus de compassion pour elle, mais je ne réussissais pas à me mettre à sa place. Ou plutôt : j’y parvenais trop bien. Un coude luxé, je connais. Certes ça me fait mal à moi aussi, mais ça fait parti de mon quotidien et d’une certaine manière… Je m’y suis habituée, j’ai accepté cette douleur. Alors comment accepter la tienne ? Comment prendre suffisamment de recul et comment comprendre que ton bras te fasse souffrir pendant des semaines ? Comment accepter l’idée que cette douleur t’es intolérable et que c’est peut-être la première fois que tu ressens ça ?

Moi j’ai mal tout le temps, mais la plupart du temps j’évite de me plaindre : j’accepte c’est tout.

 

Je suis intimement persuadée que pour vivre en communauté, il faut savoir prendre du recul sur soi et parvenir à comprendre que les autres – ces fameux autres – fonctionnent différemment de nous même. Je pense que l’on peut dire de moi que je suis une personne généreuse et compassive. Mais pour ce qui est du domaine de la douleur, c’est plus fort que moi : je n’arrive pas à me mettre à la place des autres. Quand quelqu’un se plaint d’une douleur provisoire ou qui me semble anodine, ça m’agace. Et je m’agace moi-même d’être si agacée.

A toutes les rages de dents

A tous les maux de tête

A toutes les entorses

A tous les dos qui souffrent

A tous les bobos qui ne m’appartiennent pas.

J’aimerais vous comprendre, j’aimerais vous entendre, j’aimerais vous accepter. Pour l’heure, j’ai encore un grand travail à effectuer sur moi-même.

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8 réflexions sur “Accepter la douleur… Des autres

  1. J’ai lu un article de Slate qui expliquait que les personnes ayant passé avec succès une épreuve ressentaient beaucoup moins d’empathie et de pitié pour celles vivant la même chose qu’eux, ça explique sûrement..

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    • Oui peut-être, je chercherai cet article ! Mais ce que je ressens c’est plus un sentiment d’incompréhension presque douloureux qu’un manque d’empathie : j’ai conscience que la personne en face de moi souffre et que c’est une réalité. Je ne considère pas que, parce que moi je n’éprouve pas de difficultés dans une telle situation, cela signifie qu’il n’y a pas de difficultés. Pour autant… Je ne sais pas du tout comment aborder cette douleur et quels sont les mots justes, je ne la comprends pas ! Enfin, d’une certaine manière, je ne saurais pas non plus répondre à une personne qui vit exactement la même épreuve que moi à part « <3" 🙂

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  2. Comme je te comprend. Après ce que j’ai traversé j’ai envie de baffer les gens qui se plaignent de leurs migraines… Àlors que moi je suis malade à vie et je ne peux plains pas autant.
    Je sais ce qu’est un véritable mal de crâne, le sentiment que tout va finir par exploser alors quand on me parle d’une migraine j’ai dû mal à prendre sur moi.

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    • Oui c’est un peu ce que je ressens aussi, mais il reste primordial de comprendre que la douleur des autres est aussi réelle que la notre même si l’on ne se place pas sur la même échelle qu’eux… Difficile de faire la part des choses n’est-ce pas ? 🙂

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  3. Salut!
    (J’ai découvert ton blog grâce à Margot et je trouve qu’il est vraiment bien 🙂 )
    La douleur ce n’est pas quelque chose qu’on peut mesurer. La seule chose qu’on peut mesurer par rapport à la douleur, finalement, c’est peut-être la façon dont on la manifeste. Du coup on se dira sûrement qu’une personne qui dit et montre que son épaule luxée lui fait très mal doit effectivement beaucoup souffrir, alors qu’on ne pensera peut-être même pas que tu as mal en te voyant dans la même situation ! C’est peut-être un peu énervant que la manifestation passe avant son ressenti en lui-même dans la définition de la gravité de la douleur ?

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    • Coucou, merci beaucoup pour ton commentaire ! Je suis contente que mon blog soit une belle découverte pour toi 🙂 Effectivement, ce que tu dis est super intéressant ! Je n’avais étrangement jamais réfléchi à la douleur ainsi… Bien que je ne me sente pas particulièrement énervée quand on plaint plus quelqu’un que moi quand il manifeste une certaine douleur, il y a peut-être un peu de ça : je « cache » assez bien la douleur et donc je ne comprends pas les manifestations de celles des autres, c’est peut-être un peu frustrant… Tu es également touchée par un SED ? Bonne soirée 🙂

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