Culpabilité : des deux côtés du miroir.

Il y a de nombreuses situations dans la vie où l’on a tendance à se sentir coupable sans l’être. Ce sentiment de culpabilité : il fait mal, il détruit à petit feu. Je voudrais parler un peu de deux situations que je vis ou ai vécu, où j’ai ressenti ce sentiment terrible et pourtant injustifié.

Si tu passes par là parce que, comme moi, tu vis au quotidien avec une maladie chronique ou divers handicaps ; tu connais sans doute la première des deux situations. Je l’ai d’ailleurs déjà un peu évoqué dans mon article Prendre du temps pour soi. Il est toujours difficile de refuser une invitation, d’annuler au dernier moment un rendez-vous en raison de sa santé. Faire le choix – mais est-ce vraiment un choix ou une nécessité ? – de rester au lit plutôt que d’aller voir sa famille, ses amis, est particulièrement difficile. Souvent, je me sens particulièrement coupable : j’ai l’impression de baisser les bras et de me laisser submerger par le syndrome. Ce sentiment, tu le partages peut-être. Parfois, certains amis me font même la guerre parce que je refuse de me rendre à une sortie prévue. Ils n’ont pas tous encore tout à fait compris ma situation et c’est… Particulièrement douloureux. Il y a quelque temps un d’entre eux m’a écrit : « alors repose-toi mais ne t’en plains pas ». Ce message là, il fait mal. Est-ce que j’ai fait quelque chose de dommageable ? Est-ce que je n’ai pas le droit de décider de rester chez moi pour me protéger, car je sais que prendre le volant ce soir pourrait me mener à l’accident ou accroître encore les douleurs qui me rongent actuellement ? Cela m’a mis en colère : en colère contre mon ami mais aussi contre moi-même. Pourtant, il n’y a pas de raison de se sentir coupable : être capable d’écouter son corps et de le respecter n’est pas une mauvaise chose. Au contraire même, c’est une force ! Accepter ses propres limites est un véritable travail sur soi, en prendre conscience est peut-être un pas nécessaire vers une vie un peu plus douce. Il y a toujours des solutions possibles : déplacer un rendez-vous, échanger la sortie programmée contre un après-midi devant un film, passer un moment au téléphone… Ne nous sentons donc pas coupable, il y a toujours des solutions et de toute façon : pourquoi s’empoisonner la vie pour quelque chose dont on n’est pas responsable ?

Bon… Maintenant : je passe de l’autre côté du miroir.

Mon frère est aujourd’hui, et pour encore quelques semaines, à l’hôpital psychiatrique. Je suis à la fois sous le choc et rassurée : il y est plus en sécurité. La situation actuelle me fait comprendre que le sentiment de culpabilité n’existe pas uniquement dans le cas où l’on est directement touché par divers maux qui nous empêchent de vivre normalement. Je ne saurais pas expliquer la raison précise pour laquelle je me sens coupable de ce que vit mon frère. Les questions se bousculent dans ma tête : ai-je été suffisamment présente pour lui ? Pourquoi n’ai-je rien dit à mon père quand j’ai vu ces marques sur ses bras ? Pourquoi n’ai-je pas plus insisté auprès de mon frère pour qu’il me parle de ce qui ne va pas en ce moment ? Aurais-je pu anticiper la situation ? Est-ce que je fais parti de ses problèmes ? Je n’ai pas la moindre réponse à toutes ces interrogations et je n’en aurai sans doute jamais. Plutôt que de me ronger les sangs, il vaudrait mieux que je prépare son retour parmi nous. Que celui-ci soit doux et qu’il ne se sente pas coupable ou responsable de notre mal-être. La culpabilité en effet n’est-elle pas communicative ? Je sais que si quelqu’un se sentait si mal, si coupable vis à vis de moi ; ce sentiment serait contagieux et je ressentirais la même chose à mon tour. Ce n’est pas ce que je veux pour mon petit frère. Alors : sourions, réfléchissons, mettons en place des solutions. Mais surtout… Arrêtons donc de culpabiliser pour des choses que nous n’avons pas fait, pour tout ce qui de toute façon ne peut-être modifié ou effacé. Nous avons toutes les clefs en mains pour remplacer le mot « Culpabiliser » par le mot « Accepter » ; c’est sans doute le premier pas pour rendre notre vie plus agréable.

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